La Sorbonne
"Je voudrais que tous les jeunes gens de tête et de coeur s'unissent pour quelque oeuvre charitable, et qu'il se formât par tout le pays une vaste association généreuse pour le soulagement des classes populaires." Frédéric Ozanam (1813-1853) est monté de Lyon à Paris en novembre 1831 pour y faire son droit. L'université de la Sorbonne sera le premier lieu qui réunira Ozanam et ses compagnons, tous excellents amis et étudiants universitaires. C'est dans ce milieu intellectuel et mondain qu'Ozanam se frotte à des détracteurs de l'Eglise de France. Dans certains cercles estudiantins, le clergé catholique est accusé de prêcher la justice sans agir. Il existe certes les exemples remarquables du passé parmi les saints, mais aussi des exemples contemporains comme les paroisses ouvrières de Mgr. Affre (1793-1848) ou les oeuvres de Soeur Rosalie Rendu (1786-1856). Mais dans leur immense majorité, les catholiques ne sont pas concernés par les questions sociales. Ils attendent un restauration de la monarchie et un retour à l'Ancien Régime. La condition misérable du peuple ouvrier est perçue comme un mal nécessaire, voire comme un ordre du monde voulu par Dieu. C'est dans ce contexte social quasi insurrectionnel que Frédéric Ozanam forme un projet: secourir les pauvres. "La morale ne connaît pas de mal nécessaire" écrira-t-il dans une lettre. Il associe six compagnons d'études à ce projet: Auguste Le Tallandier, François Lallier, Paul Lamarche, Félix Clavé, Jules Delvaux, et leur aîné Emmanuel Bailly. En avril 1833, ils réuniront en l'église Saint-Etienne-du-Mont une conférence de charité, premier jalon historique de la Société de Saint-Vincent-de-Paul.
